30 ans

 

CASAS a trente ans, rapide retour historique

Il y a trois ans, un petit article intitulé « de l’accueil à la traque » commémorait, avec un peu d’avance, les trente ans d’existence de notre association. Il comparait les conditions matérielles quasiment héroïques des débuts de l’association à celles, moins difficiles, des années qui ont suivi, mais en même temps à la dégradation du contexte général et aux modifications profondes intervenues dans le droit d’asile.

S’il est bien une chose qui ne risque rien à CASAS, c’est la mise à l’épreuve de nos capacités d’adaptation. Si nous comptons bien, il y a eu depuis la création de l’association quelque dix-sept modifications législatives successives, soit plus d’une tous les deux ans. La première, datant de 1985 soit dix-huit mois seulement après la création de CASAS, marquait (selon Olivier Brachet) l’entrée en crise du droit d’asile, crise qui n’a cessé de se développer depuis.

Les autres temps forts de ces modifications législatives incessantes ont été :

  • la loi de 1993 introduisant dans le droit français la législation européenne Schengen-Dublin sur les états responsables de la décision sur l’asile,
  • la loi de 2005 qui crée un code spécial pour tout ce qui concerne les étrangers et le droit d’asile, encadrée par d’importantes modifications en 2003 puis en 2007.

Et nous attendons un autre bouleversement qui ne pourra pas être retardé au-delà de 2015 et qui devra transposer en droit français les directives européennes sur l’accueil et sur les procédures.

CASAS a dû évoluer dans ce contexte mouvant. L’association a été créée très exactement le 28 décembre 1983, soit trois jours avant l’année 1984, ce qui explique que son trentenaire soit fêté en 2014. La première présidente, Claire Matteoti, a été suivie de huit autres, presque à parité puisque CASAS a été présidé par quatre femmes et cinq hommes, notre président actuel, Jacques Scheer, ayant atteint la plus grande longévité à ce poste.

Les premières permanences avaient été abritées par la CIMADE mais très vite l’association a déménagé dans les locaux actuels, d’ailleurs suivie peu de temps après par la CIMADE. Une grosse opération de rénovation immobilière, menée à bien par Freddy Sarg, le président de l’époque, nous a permis d’améliorer sensiblement notre cadre d’action, de troquer les poêles à charbon à charger tous les matins, et dont les cendres devaient être vidées, contre des convecteurs électriques bien plus souples dans leur utilisation. Ce fut au prix de quelques bouteilles de la cuvée « Casalis » que chacun s’est appliqué à vendre….et à boire, pour aider à financer la rénovation. La « maison jaune » évoquée dans le film « Les éclaireurs », mais baptisée en fait « Maison Georges Casalis » naissait.

Peu de temps avant, en 1991, nous venions de recruter la première salariée pérenne, grâce aux subventions accordées par la Mairie de Strasbourg. Devenue la cheville ouvrière de CASAS, Pascale Adam-Guarino fêtera donc dans deux ans son quart de siècle au service de l’association. Le plus étonnant est que nous n’ayons pas réussi à lui faire perdre ni son sourire ni son enthousiasme !

Malgré des recrutements divers de salariés qui, même sans être à plein temps, ont atteint le chiffre respectable de huit au meilleur des finances de l’association, cette dernière n’aurait jamais pu exister sans les bénévoles qui l’ont fait fonctionner pratiquement sans aide pendant sept ans, puis qui ont assuré des tâches de traduction, de rédaction, d’enseignement, d’accueil, de travail administratif et d’animation avec une fidélité, un professionnalisme et un sens des responsabilités qui n’a jamais fléchi durant toutes ces années. Bien des fois, ce sont des personnes aidées par CASAS qui ont souhaité par la suite lui venir à leur tour en aide !

Du reste, c’est un des miracles de CASAS, cet engagement continuel de nouveaux stagiaires et de bénévoles, alors même que le vent a tourné et que nous luttons actuellement pour notre survie. Le contexte de l’accueil des demandeurs d’asile s’est considérablement durci depuis la création de l’association et, à bien des reprises, CASAS a dû monter au créneau pour défendre, dans la mesure du possible, des conditions à peu près décentes pour l’hébergement et l’accueil des exilés. Les « accompagnateurs » qui aident à la mise en forme des dossiers OFPRA et de recours, s’appellent ainsi parce qu’à l’origine, ils accompagnaient les demandeurs d’asile à la Préfecture pour que leur dossier soit pris en compte. Nous avions remarqué que des personnes aux cheveux blancs respectables étaient les plus efficaces dans ce domaine.

Par la suite ce sont surtout les conditions d’hébergement qui ont provoqué des manifestations de protestation, des interventions auprès d’élus ou d’officiels, avec plus ou moins de bonheur selon les périodes. Mais les résultats ont été incontestables même s’ils n’étaient pas toujours à la hauteur des besoins. Simone Fluhr, une de nos anciennes salariées, y a beaucoup contribué, entre autres avec les films qu’elle a inspirés et/ou réalisés avec Daniel Coche, dont le dernier, « Les éclaireurs ».

Les relations avec les administrations et l’Etat se sont transformées. Les subventions européennes nous ont donné bien du fil à retordre mais c’est en 2012 que nous avons cessé d’être un partenaire officiel pour ne devenir qu’un sous-traitant local. Cela nous a contraints à devoir nous contenter de quatre salariées, dont une en CDD et à temps partiel, alors que pour l’instant nous nous battons pour essayer cependant d’assurer les même tâches. Si pour le moment nous y parvenons à peu près, c’est bien grâce à la conviction et au dévouement des salariées et à l’engagement sans faille des bénévoles : qu’ils en soient ici tous très chaleureusement remerciés.

De quoi sera faite la prochaine étape ? Personne ne le sait : il va falloir s’adapter encore à de nouveaux fonctionnements, dans de nouveaux lieux puisque Casas doit quitter la « Maison Jaune », maintenir cet équilibre et cette coordination entre salariés et bénévoles, trouver d’autres ressources, mais trente ans, n’est-ce pas la force de l’âge ?

Deux ans après

Les changements attendus ont eu lieu : nous avons quitté avec nostalgie la « maison jaune » qui nous avait si longtemps abrités pour la Maison protestante de la Solidarité, toujours voisins de la CIMADE mais maintenant aussi de la SEMIS et du Centre Social Protestant avec qui nous travaillions depuis longtemps. Nous ne sommes plus du tout soutenus par des fonds d’Etat, qui pourtant conserve le domaine de la demande d’asile, et nos seules ressources sont désormais l’aide des collectivités locales mais surtout des dons privés, en argent, mais en temps également. Nous manquons un peu de recul pour juger des conséquences des changements législatifs de 2015, qui viennent seulement d’entrer en vigueur. Certains semblent plutôt positifs, d’autres imposent de nouvelles contraintes. Nous allons sans doute devoir réorienter nos actions, probablement vers un développement de l’accueil de jour et un soutien renforcé aux familles et aux enfants, le prochain chapitre reste encore à écrire…

 

Alice Chavannes

Février 2016